Les jeux d'argent : exploration à travers des personnages romanesques
Le jeu est un vice qui peut abîmer une famille en engloutissant ses moyens de subsistance, quand ce n'est pas la propension du joueur à voler ses proches pour assouvir sa passion. Ses mécanismes sont subtils. Dans mon roman, Résurgence d'un cœur oublié, ce vice aurait pu empêcher l'antagoniste de parvenir à sesfins.
Le décor hypnotique des espaces de jeux
Jean-Pierre bénéficie d'un moment de détente et se trouve à Las Vegas, la ville de la démesure, artificiellement construite dans un désert nord-américain et repaire de noceurs… et de joueurs. Le décor feutré de l'hôtellerie internationale crée une impression de confort plus ou moins factice.
Cette ville fascinante peut rappeler sous certains aspects la ville fictive de
Roulettenbourg du
Joueur de Dostoïevski, microcosme absurde, où, comme pour cet antagoniste qui se laisse tenter par une joueuse, il est facile de se laisser embarquer par la fièvre addictive d'un alter ego.
De façon générale, les casinos se situent dans des lieux sélects qui endorment les réflexes de prudence des victimes de cette addiction, en créant une sensation de bien-être par des moyens parfois détournés. Un roman de référence
Certains livres ont une résonance particulière car ils renvoient à des questions qui guident nos choix. Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse est pour moi de cette trempe. À travers l’opposition entre l’ascèse de l’esprit et l’abandon aux sens, Hesse évoque deux chemins possibles entre lesquels j'oscille volontiers : tenter de mêler l'art à une vie "normale".
La nécessité d'ordonner, venue du religieux
La volonté de suivre des préceptes moraux me vient d'un sentiment religieux (enrichi par l'étude de
l'introduction à la vie dévote de Saint François de Sales, mais c'est une autre histoire) et s'abîme parfois dans une vie professionnelle qui se heurte à la fadeur ou aux exigences d'un quotidien alimentaire.
L'écriture comme échappatoire
Pour ma part, l'écriture est le lieu où l'on peut s'affranchir des règles qui contraignent jusqu'à menacer son équilibre. Ici se trouve un souffle tout aussi vital.
Bien vivre ou créer pour être fier de soi ?
Ce qui est troublant est que l'écriture constitue une expérience qui pourrait bien rejoindre le sacré. Quand on écrit, certaines envolées viennent d'ailleurs et effacent le doute. Prétention ? Je ne le crois pas, car, en disant cela, je fais honneur à la force de l'indicible, à l'inspiration en somme. Il est des moments spéciaux, où la valeur de tel ou tel passage est une évidence, où le roman atteint sa version finale.
Le dilemme de Hesse
Hesse, dans son roman, exprime avec acuité le déchirement de l’homme qui devrait choisir entre le sacré ou la création. Ses personnages, Narcisse et Goldmund, amis de toujours, ne parviennent pas à se rejoindre car ils ont choisi des voies différentes et représentent en cela la difficulté des hommes à choisir entre être droit ou créatif, pour mener leurs vies.
Extrait
C'était vraiment honteux d'être ainsi berné par la vie ; c'était à en rire et à en pleurer ! Ou bien on vivait en s'abandonnant au jeu de ses sens, […] on connaissait alors mainte noble joie, mais on restait sans protection contre l'instabilité des choses humaines ; on était alors comme un champignon dans la forêt, tout resplendissant de ses riches couleurs, mais qui, demain, pourrira. Ou bien on se mettait en défense, on s'enfermait dans un atelier, on cherchait à dresser un monument à la vie fugitive : alors il fallait renoncer à la vie, on n'était plus qu'un instrument, on se mettait bien au service de l'éternel, mais on s'y desséchait et on y perdait sa liberté, sa plénitude, sa joie de vivre […].
Et pourtant toute notre vie n'avait un sens que si on parvenait à mener à la fois ces deux existences, que si elle n'était pas brisée par ce dilemme : créer sans payer cette création du prix de sa vie ! Vivre sans pour cela renoncer au noble destin du créateur ! Était-ce donc impossible ?
Peut-être existait-il des hommes qui en étaient capables. Peut-être existait-il des époux et des pères de famille à qui la fidélité ne faisait pas perdre le sens de la volupté. Peut-être y avait-il des sédentaires dont le cœur ne se desséchait pas faute de liberté et de danger. Il se pouvait. Il n'en avait encore vu aucun.
Tout être reposait, semblait-il, sur une dualité, sur des oppositions. On était homme ou femme, chemineau ou bourgeois, intellectuel ou sentimental ; nulle part on ne trouvait ce rythme de l'inspiration et de l'expiration, on ne pouvait être à la fois homme et femme, jouir de la liberté et de l'ordre, vivre en même temps la vie de l'instinct et de l'intelligence.