Extrait - Tous les matins, elle boitait


Ce passage fait écho à la manipulation de Franco, et Jeanne découvre que son oncle cherche des coupables de substitution pour ne pas voir (ou masquer ?) la montée des totalitarismes. 

Extrait :

Je songeais déjà à m’échapper quand le café fut servi. On apporta des cigares aux hommes.

À côté de moi, ma mère installa une cigarette sur son porte-cigarettes ce qui entraîna la moue courroucée d’une femme aux lèvres déjà pincées. L’assemblée était tellement calme que mon autre voisine souligna que l’on entendait ici le bruissement de la nature. Malheureusement, Théodore, qui tâchait de masquer son état d’ébriété par des traits d’esprit, avança alors :

— Et dire qu’à quelques milliers de kilomètres d’ici, un village basque a été bombardé...

Peut-être eût-il mieux valu qu’il s’en tînt lui aussi à des considérations champêtres, plutôt que d’évoquer la tragédie de Guernica.

— Il y a une autre version.

Eugène affirma cela d’une voix basse, presque éteinte. Une sorte de colère perçait, sa voix avait perdu de sa grandiloquence : elle était sèche et son regard acéré.