Comment trouver le lieu idéal pour écrire son livre ? Écrire partout : transformer les trajets et autres interludes en…
Texte intégral des réponses à l'interview
L'écrivain est celui qui a fait de l'écriture son chemin. Et comme c'est une forme de sacerdoce, dans le sens où l'on s'engage tout entier… il m'est difficile d'en sortir.
L'écrivain se voit à travers ces mots, son style, ses envolées. L’aboutissement de son écrit est sa destination, mais une fois le livre terminé, l’écrivain laisse sa place à l'auteur pour la diffusion et se remet en route, vers une nouvelle histoire. Alors, l'auteur se pense à travers ses livres : il a dompté son histoire et peut apporter le livre à son public.
Les critiques négatives de mes livres, je ne les gère pas, je les vis. Parfois pas si mal. Quoi qu'il en soit, aucune ne m'a arrêtée.
Il y a deux sortes de critiques négatives :
. celles qui sont chargées de rancœur, contre lesquelles on ne pourra pas faire grand-chose et sur lesquelles on pourra rarement s'appuyer,
. celles qui veulent faire de la littérature un monde magique où chaque livre vous transporte. Celles-là vous emmènent un peu plus loin, voire vous instruisent.
Quelle qu'elle soit, je la prends au sérieux et tâche de corriger ce qui peut être amendé. Par exemple, toute coquille signalée sera corrigée.
J'ai débuté avec un classeur aux feuilles petit format colorées, où les membres de ma famille étaient les premiers personnages que j'ai cherchés à décrypter. Ensuite, j'ai griffonné un peu partout sur des carnets, des feuilles libres. Des désespoirs ou des espoirs, puis des situations inspirantes. J'ignore quand m'est venue l'idée de m'atteler à un roman. Mais après avoir écrit le premier, cette activité s'est glissée comme une évidence dans mon emploi du temps.
Pour construire mes personnages, j'ai une liste de questions (évolutive) qui explorent les différentes facettes de mes personnages. Par ailleurs, je cherche toujours une photo sur Internet à partir du nom, de l'âge et d'une particularité du personnage. Ce cliché donne un visage, une silhouette susceptibles de m'inspirer.
Une chose étrange m'est arrivée à plusieurs reprises : les prénoms qui m'apparaissent se révèlent parfois être liés à des personnes devenues proches. J'ai pu changer ce prénom en cours d'écriture, car je ne veux pas mêler mes proches à mon activité d'écriture.
Pour ce qui est de l'intrigue, j'ai une frise chronologique dans laquelle j'inscris mes événements et des vignettes de résumé de chaque chapitre. De la sorte, je traque les incohérences (par exemple : de mauvaises concordances de temps).
Mon travail d'écriture est peu influencé par mes navigations sur la toile. Les avis de lecteurs peuvent en revanche me faire évoluer dans mon travail. Par ailleurs, récemment, la mise en place d'une stratégie éditoriale, qui consiste à communiquer sur mes univers d'écrivaine, m'a aussi permis de belles prises de recul.
Ma dernière expérience de publication a été un peu chaotique. D'abord, je me suis rendu compte qu'il restait des coquilles dans mon texte pourtant bien revu (trop ?). Je les ai corrigées postérieurement au lancement. Ensuite, j'ai eu une mésaventure en plaçant mon roman dans le genre post-apocalyptique. À la hauteur est « cosy » post-apocalyptique et il s'est retrouvé classé dystopique : en réalité, il s'agit avant tout de reconstruire. Finalement, ce roman effectue actuellement une sorte de nouveau départ. Maintenant, j'ai les idées plus claires du point de vue du genre. Notamment, la catégorie écofiction m'ouvre des voies : j'ai organisé une rencontre dans la bibliothèque de mon quartier sur le sujet.
Aujourd'hui, si je devais conseiller un jeune auteur, je lui dirai : Reste modeste et travaille. Et avant tout, prends conscience du plaisir que tu as à écrire.
autrice engagée
Quel genre d'autrice suis-je ?
Mon univers
Dans la vie civile, je suis mariée, mère de quatre enfants et je travaille dans le domaine de la finance.
Mes écritures sont témoignages (la difficulté des réfugiés, le microcosme de l'entreprise internationale et ses absurdités), également explorations historiques (l'entre-deux-guerres vue par une femme qui se découvre des racines alsaciennes), voire techniques (le drone, comme outil aux ressources simultanément insoupçonnées et dangereuses).
Le livre sous toutes ses facettes : de la relecture au podcast
Tout en prenant la plume, j'ai par ailleurs soutenu des auteurs en effectuant des relectures et j'ai poursuivi mon parcours de lectrice, ce qui m'a conduit d'une part à être chroniqueuse, d'autre part à m'intéresser à la diversité des parcours éditoriaux, en créant le podcast J'irai lire chez vous.
Une voix engagée dans l'écriture littéraire à travers des activités transverses
Contes : le choix de la douceur ou de la peur
Imaginez une bête assoiffée de sang qui déchire la chair pour mieux s'immiscer et qui agit dans tout votre corps jusqu'à ce que mort s'ensuive, ou presque. Pire: trois de ces monstres qui additionnent leur appétit féroce. Vous vous réveillez, soulagé.e mais tendu.e : ces affreux ne sont que les rejetons d'un cauchemar.
Est-ce qu'un conte oserait mettre en scène un bestiaire si atroce ?
En y repensant, cette terreur nocturne pourrait bien valoir celle suscitée par le grand méchant loup des contes d'antan (en 1697, pour le Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, suivi d'une nouvelle version plus d'un siècle plus tard par les Grimm).
Est-ce que la peur est nécessaire pour qu'un conte ait une valeur éducative pour les enfants et permet-elle de mieux faire face à la nuit ou tout autre séparation ? Difficile à trancher, pour les auteurs, comme pour les parents.
Le pari de la douceur
En décembre dernier, juste avant Noël, j'ai publié un
livret de contes pour enfants et ils ont une particularité : ils stimulent l'imaginaire en s'en remettant aux éléments comme la Lune, le Soleil et le nuage, plutôt que d'affronter un « méchant ». Je les ai écrits à l'origine pour mes enfants, inspirée par des illustrations prolifiques des livres enfantins, comme celles de
Claude Ponti, par exemple.
Certains parents se demanderont peut-être : l'aventure n'est-elle pas plus valorisante si l'enfant triomphe d'un antagoniste ? Les enfants, avant de s'endormir, ont-ils besoin de ce frisson pour mieux s'apaiser ensuite et s'endormir ?
Cependant, pour les insomniaques anxieux (petits et grands), on préconise souvent des histoires qui emmènent loin, en s'appuyant sur des paysages de rêve. Alors, pour mes contes, je tire le lecteur vers des éléments lointains, avec douceur.
L'envers du décor : Nous sommes dans les années 90. Sans crier gare, un nouveau moyen de communication, connexion de réseaux, s'immisce d'abord discrètement au sein de la vie publique, pour une élite.
Ici, notre ambitieux s'imagine pouvoir capter le potentiel de cet outil pour ses besoins propres.
Quels espoirs immenses ont pu germer dans l'esprit de ces démiurges qui auraient compris avant les autres la portée d'Internet ?
extrait :
Une lumière bleue émanait des couloirs. André Riviere s'était à peine aperçu que les bureaux s'étaient vidés et n’entendait pas la pluie cliqueter dans la nuit glaciale. Il faisait défiler des profils d’internautes afin de les analyser et de sélectionner ceux qui servaient les intérêts de son site. Happé par les informations qui lui arrivaient, il s’évertuait à répondre à ses adhérents les plus sélects. Plus rien d'autre n'existait que ces fragments de désirs et de talents. Le sexagénaire tapait avec frénésie dans l’encart spécial créé par John, l’architecte de son réseau.
Deux ans auparavant, cet informaticien américain avait réussi l’exploit d’envoyer un message commercial à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Accusé d'avoir « détourné » l’Internet à son propre profit, il avait perdu son compte de messagerie. Son action avait défrayé la chronique ; Riviere l’avait engagé. À cette époque, ses collègues français ne connaissaient même pas l'existence de réseaux sociaux.
Le réseau de Riviere avait connu un succès rapide. Le secret dont il l'entourait y était peut-être pour quelque chose. Ou bien le mot d'ordre qui figurait en première page :
« Pour que notre génération soit respectée, conjuguons nos efforts.
Le monde se portera mieux s'il écoute ses seniors ! »
Depuis une décennie, les seniors se laissaient gagner par l'engouement de cette technologie. Du moins ceux pour qui c'était matériellement possible, c’est-à-dire ceux qui étaient encore suffisamment actifs et puissants pour garder un pied dans le monde du travail, condition nécessaire pour pouvoir accéder aux liaisons internet. Ce qui permettait à Riviere de ne pas s'encombrer des indigents.
Un tournant inattendu : quand Nathanaël tombe dans un piège. La scène se déroule dans une zone transitoire, à l'écart du boulevard principal où il a ses habitudes.
Nathanaël consulta sa montre, il était temps de se rendre à son rendez-vous. Il rejoignit le boulevard en évitant instinctivement le QG et commença à le descendre.
Il ne remarqua pas l’éboueur qui lui emboîta le pas.
De l’autre côté de la chaussée, le trottoir était quasi nettoyé de l’effervescence du marché. Construite à la place de fortifications, l’artère, large et austère, devenait une promenade grâce à l’ombre de ses platanes. Il pensa à son père qui s’extasiait souvent devant la richesse de ses immeubles, alliant sobriété au nord, du côté de leur arrondissement, et distinction au sud : le trottoir opposé appartenait au 1er arrondissement, et certaines constructions étaient, elles, enrichies de pierres de tailles et de sculptures. Trêves de rêveries : l’étudiant atteignit rapidement le Clos Jouve, d’un pas quasi militaire, une impatience nerveuse le poussant en avant.
Lorsqu’il s’enfonça dans la verdure épaisse du haut des Balmes, pour couper via la Montée Hoche après la fin du boulevard, une voix forte l’appela :
— Payin !
Il se retourna, étonné. Un éboueur descendait vers lui. Quand il arriva à proximité, il sortit soudain un revolver de sa poche et, les sourcils froncés et les pupilles contractées, il ordonna :
— Avancez tranquillement dans les escaliers et n’essayez pas de m’échapper !