Un conte doit-il forcément faire peur ? Entre frissons d'antan et douceur de l'imaginaire

Contes : le choix de la douceur ou de la peur


Imaginez une bête assoiffée de sang qui déchire la chair pour mieux s'immiscer et qui agit dans tout votre corps jusqu'à ce que mort s'ensuive, ou presque. Pire: trois de ces monstres qui additionnent leur appétit féroce. Vous vous réveillez, soulagé.e mais tendu.e : ces affreux ne sont que les rejetons d'un cauchemar.
Est-ce qu'un conte oserait mettre en scène un bestiaire si atroce ?
En y repensant, cette terreur nocturne pourrait bien valoir celle suscitée par le grand méchant loup des contes d'antan (en 1697, pour le Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, suivi d'une nouvelle version plus d'un siècle plus tard par les Grimm).
Est-ce que la peur est nécessaire pour qu'un conte ait une valeur éducative pour les enfants et permet-elle de mieux faire face à la nuit ou tout autre séparation ? Difficile à trancher, pour les auteurs, comme pour les parents.

Le pari de la douceur 

En décembre dernier, juste avant Noël, j'ai publié un livret de contes pour enfants et ils ont une particularité : ils stimulent l'imaginaire en s'en remettant aux éléments comme la Lune, le Soleil et le nuage, plutôt que d'affronter un « méchant ». Je les ai écrits à l'origine pour mes enfants, inspirée par des illustrations prolifiques des livres enfantins, comme celles de Claude Ponti, par exemple.
Contes pour mes enfants et les vôtres
Certains parents se demanderont peut-être : l'aventure n'est-elle pas plus valorisante si l'enfant triomphe d'un antagoniste ? Les enfants, avant de s'endormir, ont-ils besoin de ce frisson pour mieux s'apaiser ensuite et s'endormir ?
Cependant, pour les insomniaques anxieux (petits et grands), on préconise souvent des histoires qui emmènent loin, en s'appuyant sur des paysages de rêve. Alors, pour mes contes, je tire le lecteur vers des éléments lointains, avec douceur.

Les nationalités : identités immuables ou costumes interchangeables ?

Exploration de la notion de nationalité à travers un roman entre Paris et Alsace au XXe

Dans quelle mesure la nationalité de son passeport définit-elle l’identité d’un individu ? Dans mon roman Tous les matins elle boitait, je plonge au cœur d’une zone grise de l’Histoire : celle de l’Alsace du XXe siècle, où les frontières ont bougé plus vite que les cœurs, redéfinissant sans cesse ce que signifie « être de » tel pays.

La notion de nationalité dans une Alsace malmenée par les changements de frontière

Pour comprendre la complexité alsacienne, il faut imaginer des familles ayant changé quatre fois de nationalité en moins de 75 ans. Ce basculement entre la France et l’Allemagne a créé une identité hybride et instable, baignée par une langue (l'Alsacien) proche de l’allemand et une culture à cheval entre les deux cultures françaises et allemandes.

Dans le récit, le trouble est palpable. Si les Alsaciens affectionnent leurs racines françaises, une méfiance s'est installée vis-à-vis d’un État français, parfois perçu comme lointain ou rigide. À l'inverse, après des décennies sous administration allemande, ils ne peuvent pas renier des années de vie dans le giron allemand d'un simple trait de plume sur un traité de paix. Certains se sont même mariés avec des Allemands d'Outre-Rhin.