Politique fiction : pour explorer l'extension du rôle des maires
La confiance accrue aux maires comme piste pour un meilleur avenir politique
Les récentes élections municipales nous rappellent combien la question du pouvoir communal est critique. Dans mon roman À la hauteur, j'ai créé une situation qui permet de l'étudier dans une société où l'appareil d'État a été effacé : les grandes villes françaises ont été englouties par une montée des eaux jusqu'à cinq cents mètres. Que reste-t-il ? Les communes. J'ai imaginé l'émergence de nouveaux pouvoirs avec la constitution d'une confédération des maires.
Une fois l'horreur de cette hypothèse de science-fiction évacuée, nous pouvons examiner de façon constructive les effets d'une gouvernance par les maires — puisque ce serait le seul pouvoir restant — en imaginant ce qu'un tel transfert pourrait apporter.
La confédération des maires : une utopie née d'un départ à zéro
Dans mon livre, la confédération des maires organise la société amputée de son administration centrale en une collaboration horizontale. Le pouvoir communal s'impose de lui-même car il est le seul, à l'échelle d'une proximité géographique réduite par la disparition des moyens de transports classiques privés d'électricité et de carburant, capable de gérer l'essentiel : l'accès à l'eau, les ressources et l'entraide.
Extrait :
Oui, le maire lui-même se déplace chez ses administrés ! Aristide est estomaqué : lui n’aurait pas su reconnaître le maire dans les rues de Lyon, malgré le matraquage intensif mené par les médias pendant et après sa campagne. Enfin, maintenant, ça n’a plus d’importance.
Finalement, cette proximité change tout. Les concitoyens acceptent l'autorité car elle est visible, tangible et dévouée au service de la communauté. Ici, le maire est également celui qui encourage les plus compétents à se mettre au service de la communauté.
débuts en politique
La beauté de l'engagement politique
Responsabilité politique
Lors de mes recherches pour l'écriture de Dernière ambition, j'ai au la chance de croiser le chemin d'un d'un jeune politique lyonnais, Marc Augoyard. Ce qui m'a frappée, c'est la sincérité de sa démarche, ainsi que le travail de titan que constituait son activité politique.
Dans un univers souvent perçu comme cynique, voir ce jeune homme s'engager sur le terrain avec une telle authenticité a été un moteur pour mon récit. Marc incarne pour moi cette politique du cœur, celle qui croit encore fermement au bien commun et au service de la cité. Depuis, j'ai appris qu'après vingt ans de politique, il a cessé tout engagement politique en novembre 2024. « Le temps des grands élus est passé, ce serait bien qu’il y ait de grandes idées », dit-il au journaliste du Progrès qui l'interroge en novembre 2024.
Nécessité de voter
Cette immersion dans les coulisses du pouvoir local, m'a convaincu que j'avais un rôle à jouer en tant que citoyenne : en parallèle, je prenais conscience de mon devoir de voter.
Ci-dessous, un extrait de mon roman illustrant cette nécessité portée par Nathanaël, un étudiant d'école de commerce qui avait à cœur d'amener ses pairs à prendre part à la démocratie. À travers lui, j'ai voulu explorer comment la sincérité d'un seul peut lutter contre l'indifférence de tout un groupe.
extrait :
Dimitri faisait amende honorable :
— Désolé, je ne m'y connais pas en politique. Je n'ai même pas pris le temps de m'occuper de ma carte électorale.
— Comment ça ? sursauta Nathanaël, en songeant que Valérie ne pouvait pas rester avec un type si peu engagé. Il ajouta :
— Bon, je t'offre un café.
Le ton était tranchant : il ne lui laissait pas la possibilité de se dérober. Il se mit à lui décrire la nécessité de la politique : elle était au centre de la vie, au cœur des préoccupations de tout un chacun. Il lui raconta les réunions du Parti socialiste, puis le Café Politique de la Croix-Rousse où il avait assisté pour la première fois à une intervention de Riviere.
Et il conclut impitoyablement :
— Les gens comme toi qui ne prennent pas leur responsabilité politique, ce sont eux qui gangrènent le système en fait.
Son ami eut un sourire ironique, Nathanaël refusa de rentrer dans son jeu.
— Non, mais je suis sérieux là, dépêche-toi de réclamer ta carte électorale.
S’il avait suivi l’argumentaire type donné par Hervé, il aurait évoqué le fait que « voter, c'est un droit acquis durement ». Il était censé donner un historique de ce combat, en particulier s’il avait affaire à une femme. Nathanaël n’aimait pas l’Histoire, il aimait l’avenir et avait décidé de procéder à sa façon.
Dimitri le regarda fixement. Il consulta sa montre, hésita, puis conclut :
— Ok, touché. Il va falloir que j'y aille, mais je m’en occuperai, promis.
Nathanaël laissa son ami partir avec satisfaction : Dimitri voterait. Il se rendit à la JE avec le pas… d’un conquérant.
Retour vers la découverte d'internet au travers mon roman Dernière ambition
De « l'Internet » au web quotidien : voyage dans les années 90
Du langage d'expert au langage courant : une transition sémantique
Quand on regarde les occurrences d'Internet par rapport à internet avec une minuscule, on s'aperçoit que si les deux apparaissent dans les années 90 (en partant de zéro), le mot entre maintenant dans le langage courant, en perdant sa majuscule. On parlait même de l'Internet avec l'article. A vrai dire, à ses débuts, les possibilités qu'il offrait étaient inimaginables.
Et cette aura, par son mystère, sous-tend sans mal le suspense d'une l'intrigue. Pour ma part, revenir sur cette période fondatrice a été un fil conducteur pour mon roman Dernière ambition, dont je vous livre un extrait à propos d'une utilisation du fameux réseau par une organisation obscure.
-> Ici, le patron du club de tennis, a cédé à la pression de membres privilégiés, dont le fait de disposer d'un site détonne.
Reynaud baissa la voix en se penchant sur le côté sans le regarder :
— Ils appellent ça « la Ligue ». Il paraît qu’ils ont un « site » sur l’Internet et qu’il s’agit d’un groupuscule très fermé.
Il ne lui dit pas que la Ligue l'avait contacté l'année précédente et qu'en l'échange d'une place pour son père dans une maison de retraite, il avait concédé des tarifs avantageux pour ces adhérents très spéciaux.
L'envers du décor : Nous sommes dans les années 90. Sans crier gare, un nouveau moyen de communication, connexion de réseaux, s'immisce d'abord discrètement au sein de la vie publique, pour une élite.
Ici, notre ambitieux s'imagine pouvoir capter le potentiel de cet outil pour ses besoins propres.
Quels espoirs immenses ont pu germer dans l'esprit de ces démiurges qui auraient compris avant les autres la portée d'Internet ?
extrait :
Une lumière bleue émanait des couloirs. André Riviere s'était à peine aperçu que les bureaux s'étaient vidés et n’entendait pas la pluie cliqueter dans la nuit glaciale. Il faisait défiler des profils d’internautes afin de les analyser et de sélectionner ceux qui servaient les intérêts de son site. Happé par les informations qui lui arrivaient, il s’évertuait à répondre à ses adhérents les plus sélects. Plus rien d'autre n'existait que ces fragments de désirs et de talents. Le sexagénaire tapait avec frénésie dans l’encart spécial créé par John, l’architecte de son réseau.
Deux ans auparavant, cet informaticien américain avait réussi l’exploit d’envoyer un message commercial à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Accusé d'avoir « détourné » l’Internet à son propre profit, il avait perdu son compte de messagerie. Son action avait défrayé la chronique ; Riviere l’avait engagé. À cette époque, ses collègues français ne connaissaient même pas l'existence de réseaux sociaux.
Le réseau de Riviere avait connu un succès rapide. Le secret dont il l'entourait y était peut-être pour quelque chose. Ou bien le mot d'ordre qui figurait en première page :
« Pour que notre génération soit respectée, conjuguons nos efforts.
Le monde se portera mieux s'il écoute ses seniors ! »
Depuis une décennie, les seniors se laissaient gagner par l'engouement de cette technologie. Du moins ceux pour qui c'était matériellement possible, c’est-à-dire ceux qui étaient encore suffisamment actifs et puissants pour garder un pied dans le monde du travail, condition nécessaire pour pouvoir accéder aux liaisons internet. Ce qui permettait à Riviere de ne pas s'encombrer des indigents.
Qu'est-ce qu'une balme ?
--> Un toponyme spécifique, tantôt mot commun, tantôt nom propre, peu usité, mais notamment en région lyonnaise et tout particulièrement niché sous la colline de la Croix-Rousse, où se déroule mon roman Dernière ambition. J’aime ce mot simple et pointu. Ce substantif féminin désigne une cavité naturelle, mais aussi une légère élévation de terrain. Au pied de la célèbre colline, ce passage indispensable, mais peu connu, se situe entre le plateau de la Croix-Rousse et la Saône. Issu du gaulois "balma"– c’est dire qu’il vient de loin –, il référait à l'origine à une grotte ou un abri sous un escarpement rocheux.
Montée de Serin ou Montée des Esses à la Croix-Rousse
Ici, les
Balmes sont traversées d'une rue en lacets et d'un escalier appelé Montée Hoche. Elles relient le quartier de Serin, le long de la Saône, à la partie ouest du Boulevard de la Croix-Rousse. La
Montée de Serin ou
Montée des Esses évoque le serin, ce petit oiseau chanteur au gazouillis particulier, dont l'appellation latine
serinus fait référence au canari. Cette voie a bénéficié d'un impôt spécial en 1788 pour la rendre praticable, mais il fallut attendre 1840 pour que les travaux aboutissent à son tracé actuel. Elle est longé par un escalier aux fines marches, célèbre du fait du passage de Napoléon... et plus récemment de l'Urban Trail !
Un tournant inattendu : quand Nathanaël tombe dans un piège. La scène se déroule dans une zone transitoire, à l'écart du boulevard principal où il a ses habitudes.
Nathanaël consulta sa montre, il était temps de se rendre à son rendez-vous. Il rejoignit le boulevard en évitant instinctivement le QG et commença à le descendre.
Il ne remarqua pas l’éboueur qui lui emboîta le pas.
De l’autre côté de la chaussée, le trottoir était quasi nettoyé de l’effervescence du marché. Construite à la place de fortifications, l’artère, large et austère, devenait une promenade grâce à l’ombre de ses platanes. Il pensa à son père qui s’extasiait souvent devant la richesse de ses immeubles, alliant sobriété au nord, du côté de leur arrondissement, et distinction au sud : le trottoir opposé appartenait au 1er arrondissement, et certaines constructions étaient, elles, enrichies de pierres de tailles et de sculptures. Trêves de rêveries : l’étudiant atteignit rapidement le Clos Jouve, d’un pas quasi militaire, une impatience nerveuse le poussant en avant.
Lorsqu’il s’enfonça dans la verdure épaisse du haut des Balmes, pour couper via la Montée Hoche après la fin du boulevard, une voix forte l’appela :
— Payin !
Il se retourna, étonné. Un éboueur descendait vers lui. Quand il arriva à proximité, il sortit soudain un revolver de sa poche et, les sourcils froncés et les pupilles contractées, il ordonna :
— Avancez tranquillement dans les escaliers et n’essayez pas de m’échapper !