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Par les routes, Sylvain Prudhomme

Le narrateur explore, narquois et ému, les raisons de sa fascination pour « l'autostoppeur » : est-ce sa liberté qui l'autorise à partir sur les routes alors qu'il est un père et un mari aimant ? Est-ce sa propension à se lier avec chaque conducteur qui partage avec lui un bout de route ? Est-ce sa faculté à découvrir la France dans ce qu'elle a de plus banal et de plus authentique ? Est-ce sa façon d'être toujours aussi présent tout en s'éloignant un peu plus ?

Pris dans son questionnement, admiratif, le narrateur voit la beauté de cet étrange engagement auprès des autres, avant de s'apercevoir des désarrois profonds de sa petite famille, dans laquelle il prend une place, de plus en plus prégnante.

Extrait : À la hauteur - Mathilde

 Mathilde est chargée d'emmener Alex à ses grand-parents et elle est touchée par la vivacité de la fillette, même si cette dernière attise aussi sa mélancolie.

Extrait :

— Mon papa dit que je suis une princesse !

Je reste muette. Impossible de lui rétorquer que, moi, il me disait que j'étais une traînée.

— Mathilde, ça va ? s’inquiète la petite.

Non, ça ne va pas. Elle, elle ne verra plus ses parents. Et moi, si ça se trouve, je n'ai plus que cet homme qui m'a élevée dans le doute de moi… Heureusement, Alex me tire vers un espace dans lequel des sapins inoffensifs ont survécu à la razzia de Noël. Et tandis qu’elle s’éparpille entre les rangées restantes, je m’avance vers le lac qui se repose dans le fond.

Bautzen Palaces

  Les éditions Et le bruit des talons m'ont évoqué Almodovar, mais, ici, la couleur est résolument noire et la…

Extrait - À la hauteur


 Après avoir survécu isolée sur une île suite à la montée des eaux, Mathilde trouve refuge auprès de Michel. Cette scène se déroule lors d'une fête, un rare moment de détente dans ce monde bouleversé. Ce passage propose le retour des cabines téléphoniques comme avancée écologique.

 Extrait

Michel se lance dans un humour maladroit qui achève de détendre l’atmosphère déjà propice. Alors, je l'entraîne dans une danse qui aurait mis en transe le plus geek des informaticiens. Quand nous reprenons notre souffle, il me propose d’aller faire un tour. Lorsque nous contournons la maison, je suis un peu étonnée. Mais je comprends soudain : nous allons en direction de la cabine téléphonique. Afin de diminuer le risque lié aux radiations électromagnétiques, les écologistes les ont fait fleurir de nouveau un peu partout ces dernières années. « Rétros à souhait », disait Sylvain en parlant de ces cabines issues du passé.

Extrait - Tous les matins, elle boitait


Ce passage fait écho à la manipulation de Franco, et Jeanne découvre que son oncle cherche des coupables de substitution pour ne pas voir (ou masquer ?) la montée des totalitarismes. 

Extrait :

Je songeais déjà à m’échapper quand le café fut servi. On apporta des cigares aux hommes.

À côté de moi, ma mère installa une cigarette sur son porte-cigarettes ce qui entraîna la moue courroucée d’une femme aux lèvres déjà pincées. L’assemblée était tellement calme que mon autre voisine souligna que l’on entendait ici le bruissement de la nature. Malheureusement, Théodore, qui tâchait de masquer son état d’ébriété par des traits d’esprit, avança alors :

— Et dire qu’à quelques milliers de kilomètres d’ici, un village basque a été bombardé...

Peut-être eût-il mieux valu qu’il s’en tînt lui aussi à des considérations champêtres, plutôt que d’évoquer la tragédie de Guernica.

— Il y a une autre version.

Eugène affirma cela d’une voix basse, presque éteinte. Une sorte de colère perçait, sa voix avait perdu de sa grandiloquence : elle était sèche et son regard acéré.